11 avril, je reviens écrire sur ce blog. Presque 2 mois après mon retour. Pourquoi si tard? Avant tout car lors des premières semaines je n'ai pas eu beaucoup de temps pour cela. Et puis après? Je ne le voulais pas spécialement je crois. Je suis bien passé mettre quelques nouvelles photos, mais je n'avais pas envie d'écrire ici, comme s'il s'agissait d'une autre manière de dire que cela n'était pas fini?
Mais finalement, quand est-ce que s'arrête un Erasmus? C'est bien ce que je me demande. Cette aventure s'arrête-t-elle dès notre "retour"? Je ne crois pas. Je crois qu'il y a une vie avant Erasmus, et une vie après, c'est certain. Mais je crois surtout qu'il y a la vie Erasmus que l'on peut faire vivre après cette aventure. Garder des contacts réguliers avec nos compagnons d'aventure, colocataires...et bien sûr programmer des voyages pour voir tout ce petit monde! Ceci me fait penser que des amies brésiliennes étaient de passage à Paris en mars, et j'ai pris un plaisir fou à les revoir, en dehors de l'Espagne, dans ce que peut être cette vie après Erasmus.
Ce fut une grande bouffée d'air, ce séjour parisien. Le premier "voyage" depuis mon retour. Et je dois vous dire que c'est très étrange de ne plus voyager autant. Ne plus découvrir comme nous le faisions là-bas, où même "ici", comme j'ai souvent tendance à le dire encore. Et le retour alors?
J'ai vécu ma dernière semaine en me disant que je devais tout vivre, à fond, chaque seconde, chaque sourire, chaque fête, chaque passage dans chaque rue. Je ne voulais rien perdre, pour ne rien regretter. Car cette avanture fut d'une richesse incroyable, encore plus que ce que j'aurais pu imaginer. Et on s'aperçoit alors qu'un erasmus ça ne s'imagine pas finalement, ça se vit. Et ceux qui ont vécu cette aventure le savent. Nous sommes presque aigris lorsque nous revenons, de voir que certaines choses n'ont pas changées, que l'on ne veut surtout pas retomber dans cette routine, ces habitudes. Que l'on chasse à chaque instant ce sentiment de répétition, de déjà vu. Jamais deux fois les mêmes choses. Et que l'on a du mal à revoir tous ces visages connus, à revivre dans ce qui est "notre maison". On recherche même plus ou moins l'éloignement.
Ce retour fut dépaysant, quitter la neige de Segovia pour retrouver le verglas des routes françaises, le silence du lotissement familial, et se dire qu'il y a beaucoup trop de français ici. C'est fou. On a du mal à rester en place d'ailleurs, il faut que ça bouge, qu'il y ait de l'imprévu, de l'improvisation, comme avant.
Mais avant n'est plus, et ça ce n'est pas facile. Mais on peut quand même continuer à l'entretenir comme je vous le disais, pour atténuer au maximum ce "blues erasmus". Et pour ma part ce fut assez "facile", le pragmatisme et les souvenirs magnifiques font plutôt bon ménage il faut croire.
Des souvenirs qui m'amènent à prendre un peu de recul sur ce que j'ai pu vivre là-bas, et sur ce qui a rendu ce séjour si enrichissant. Avant tout je crois qu'un départ à l'étranger doit être vu comme l'occasion de nous découvrir nous-même, ou au moins en partie, là où personne ne nous connait. Devoir s'adapter à un tas de petits détails, être autonome, débrouillard, curieux, plus tolérant, plus ouvert, plus mobile.
A elle seule, la vie en communauté m'aura au moins apportée tout ça, si ce n'est plus. Et je me suis aperçu qu'il me restait 10000 fois plus de choses à découvrir.
De cette curiosité, je garderai en tête ce goût pour l'observation. En revenant à Angers, j'ai compris que j'y vivais depuis 3 ans mais que je ne connaissais pas la ville. J'y étais sans y vivre, sans regarder suffisament, sans m'interroger. D'ailleurs, il y a une citation de Marcel Proust qui résume très bien cela:
"Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux".
Et puis il y a ce sentiment que rien n'est impossible, que tout est proche, réalisable, à condition de s'en donner les moyens et le droit d'y croire. On revient peut-être un peu plus utopique après un erasmus, plus critique aussi.
Pour rien au monde je ne changerai quelque chose de cette aventure. Oui elle n'était que de 5 mois, mais je l'ai vécu ainsi. Tout n'y était pas parfait, bien sûr, mais j'y ai construit mon Erasmus, bien aidé par toutes les rencontres, visites, pensées, et j'en passe, car il y aurait tant de choses à dire, ou sinon à garder pour soi, car c'est avant tout une aventure partagée avec ceux qui étaient là-bas.
Aussi je ne suis pas revenu écrire plutôt car inconsciemment je ne voulais pas mettre un coup d'arrêt à cette vie, mais je sais maintenant comment elle va être vécue dans les mois à venir, et cela me libère.
Car il y a des clichés erasmus, et pour le coup, je contribue les entretenir...et à rêver avec.
Je veux encore et encore voyager, voir, regarder, apprendre, me sentir bête, rencontrer, connaître, me perdre, découvrir, me découvrir.
Bien que je voie en Erasmus et en tous les voyages une opportunité grandiose, je comprends maintenant un peu mieux ceux qui ne souhaitent pas partir ainsi. Je ne les envie pas, mais il faut de tout pour faire un monde. Pour ceux qui partiront ou qui veulent partir, vous comprendrez.
Je vous souhaite surtout de vivre votre aventure, à fond, car c'est ce sera certainement qu'une fois, et cela sera, je crois, le point de départ de beaucoup de choses.
Car "Le voyageur n'est pas arrivé à destination".
Hasta luego!